Dormeuil, ou l’histoire du second médaillon

Il faut attendre Dormeuil, dont je conserve aussi le portrait en médaillon en pendant de celui de la Montansier au foyer, pour que je ressuscite. Ce monsieur à l’air sévère, cache un acteur du Théâtre du Gymnase, abonné aux rôles de « père noble » et qui rêve d’un théâtre où il pourrait monter les comédies de son choix.

fresque     A la chûte de l’Empire, les spectacles ont retrouvé leur liberté et se sont multipliés principalement sur le boulevard du Temple, surnommé boulevard du Crime à cause des théâtres spécialisés dans le mélodrame qui le bordent ; tandis que les grandes scènes officielles telles que la Comédie Française ou l’Odéon, sont conquises par les romantiques avec les grands drames d’Alexandre Dumas, Alfred de Vigny et Victor Hugo.

En 1830, la royauté de Louis-Philippe porte la bourgeoisie au pouvoir, Dormeuil, grâce à ses relations, obtient autorisations et capitaux pour entreprendre d’importants travaux. C’est de cette époque que date l’idée de l’encorbellement au-dessus de la rue de Montpensier, ce rajout si particulier qui donne tout son charme à ma façade (Chers spectateurs, quand vous sortez d’une représentation le soir, pensez à lever les yeux sur ma façade éclairée, avec mes fers forgés et mes mosaïques… personnellement, je me trouve un petit air de Louisiane…). Cet encorbellement, bien que décoré de façon charmante, a un but pratique, celui d’élargir la salle en créant de nouveaux dégagements, je me sentais un peu à l’étroit avec l’âge.

Le 6 juin 1831, j’ouvre de nouveau et ce avec un prologue bien malicieux : Ils n’ouvriront pas !

Galerie     Malgré la création d’une nouvelle troupe dont la fameuse Virginie Déjazet, célèbre pour ses rôles travestis et dont de Mirecourt dit : « C’est l’actrice universelle, tous les rôles vont à son génie, comme tous les costumes vont à sa taille. » Dormeuil commence son règne (qui durera 30 ans !) par une suite ininterrompue… de fours : Les cinq premières années, cent cinquante vaudevilles sont joués qui n’ont pas laissé dans l’histoire du théâtre une trace impérissable, jugez-en : L’enfance de LouisII, Le Triolet bleu, Les Grisettes, Les 4 âges du Palais-Royal…

Il faut attendre 1838 et la découverte avec M. de Coylin ou l’homme infiniment poli d’un jeune auteur de 23 ans, Eugène Labiche, pour que je renoue avec le succès, adhérant une nouvelle fois avec l’esprit de mon époque. De 1838 à 1877, Eugène Labiche, « pas seulement un merveilleux amuseur, mais un observateur profond, un railleur qui sait toujours où va son rire » selon Alphone Daudet, aidé de ses collaborateurs, offrira à mon répertoire 88 comédies dont la plupart sont passées à la postérité tandis que les titres des autres laissent songeur :

La Fille bien gardée (avec Céline Montaland, comédienne prodige de 6 ans), Le Misanthrope et l’Auvergnat (qui verra les débuts de Jules Brasseur), Si jamais je te pince, Un Monsieur qui a brûlé une dame, L’Amour, fort volume, prix 3f50, On demande des culottières, La Dame aux jambes d’Azur, L’Affaire de la rue de Lourcine, Les Noces de Bouchencoeur, En avant les Chinois (une revue où apparaitra Hortense Schneider), La Station Chambaudet, Les Marquises de la Fourchette, La Cagnotte (avec Jules Brasseur), Un Mouton à l’entresol

Mais, mon cher Dormeuil est décidément un découvreur de talents :

En 1851, le compositeur Hervé devient « chef d’orchestre du Palais-Royal » (j’étais alors pourvu d’une fosse d’orchestre qui existe d’ailleurs toujours sous les premiers rangs de fauteuils d’orchestre). Le succès des Folies Dramatiques de Hervé est tel que la troupe la présente aux Tuileries devant Napoléon III.

Plus tard, c’est Hortense Schneider, l’égérie de Jacques Offenbach, qui débute dans Le Fils de la Belle au Bois Dormant. Mais c’est grâce à Lambert-Thiboust, l’auteur le plus prolifique de son temps avec 400 pièces à son répertoire, qu’elle triomphe. En effet, dans Les Mémoires de Mimi Bamboche, Lambert-Thiboust décide de laisser à certains de ses interprètes, le loisir d’improviser au gré de leur fantaisie, ce sera : « la cascade »

Ainsi, quelque soit la qualité des oeuvres, cette charmante Hortense tire son épingle du jeu grâce à son piquant et à sa pétulance. Elle fait applaudir des rimes aussi brillantes que :

« Que je save voler Chez Vachette à tire d’aile, Comme j’irais me poser ! Je m’paierais des mauviettes, Des m’ringues et des beignets Des babas, des croquettes… »

Comme un critique le remarque : « Hortense Schneider personnifie le type essentiellement actuel des demi-actrices, demi-cantatrices, qui savent traduirent l’argot en vocalises et l’action scénique en cascades. elle accentue le côté parodique de la bouffonnerie… » Elle fait rire et ne ménage pas sa peine aussitôt qu’elle est en représentation (que le public soit dans la salle ou dans un salon…) Lamartine, peu féru du genre pourtant, dira « Mademoiselle Schneider montre de bien jolis dons de comédienne et possède une voix enchanteresse. »

Mais c’est quand elle joue des opérettes écrites par Meilhac et Halévy et composées par Jacques Offenbach qu’elle donne toute la mesure de son talent. En 1863, ils sont réunis pour la première fois dans un vaudeville à couplets intitulé Le Brésilien. C’est le début d’une collaboration durable et prolifique qui symbolisera pour les générations futures l’esprit « Second Empire ».

Dormeuil découvre aussi Victorien Sardou qui débute en 1859 avec Les Gens nerveux. Quelques années plus tard, sa pièce Divorçons sera jouée sans relâche, ni alternance pendant neuf mois. Du jamais vu !

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