C’est en 1780, que Philippe III d’Orléans, père du futur roi Louis-Philippe, entreprend de transformer entièrement son domaine en créant à l’intérieur du jardin trois nouvelles rues qui vont recevoir comme noms, les titres de ses trois fils : de Valois, de Beaujolais et de Montpensier.
Avec l’architecte Victor Louis, qui vient de terminer l’admirable grand théâtre de Bordeaux, il élabore les plans de ces rues bordées de maisons identiques, soutenues par des arcades. Très vite, viennent s’installer les commerces les plus hétéroclites : bijoutiers, coiffeurs, confiseurs, tailleurs, couteliers, drapiers, fleuristes, libraires, parfumeurs, modistes et aussi des marchands de « feutre appelé bis-bis pour empêcher les gerçures », de vernis élastique ou « cire coquette », de « tablettes de bouillon du sieur Berger, utiles pour l’armée et les voyageurs »… et bien entendu de nombreux cafés (Café de Foy, du Caveau, Corazza, de Beaujolais, Polonais, de Valois, des Variétés) et à l’extrémité de la Rue de Montpensier pour les « Petits comédiens de S.A.S. Monseigneur le Comte de Beaujolais » : le Théâtre du Palais-Royal, moi-même, cher public, pour vous servir.
Ma première salle, inaugurée le 23 octobre 1784, est construite sur des plans de Victor Louis. Bien qu’elle soit toute en longueur, je peux déjà accueillir huit cents spectateurs aux représentations des fameux « Petits Comédiens ». Le Sieur Delomel, mon premier directeur, est un tourneur sur bois et ses comédiens sont de grandes marionnettes à fil qu’il sculpte lui-même et fait habiller par un tailleur du voisinage.
Mais, ne vous méprenez pas, nous sommes là très loin de Guignol ! Le répertoire, fort varié, des acteurs en bois est réservé aux adultes. Ce divertissement déjà très prisé, l’est plus encore quand Delomel innove en introduisant des enfants au jeu des marionnettes, puis, devant le succès ainsi obtenu, fait disparaitre les marionnettes dans les cintres, seuls restent en scène des mimes-enfants auxquels des adultes en coulisse prêtent leurs voix.
C’est un triomphe dont Goldoni se fait l’écho dans ses Mémoires : « l’on cru d’abord et (…) l’on a parié que c’étaient les enfants eux-mêmes qui chantaient. ».
Une véritable troupe est née, elle est composée de 42 acteurs et chanteurs, 20 danseurs, 20 musiciens etc,…. qui fait de l’ombre à l’Opéra. La sanction ne tarde guère à tomber, en 1788, il est interdit « d’employer deux comédiens pour un même rôle et de chanter ou parler depuis la coulisse. »
C’est la fin des « Petits comédiens de S.A.S. Monseigneur le Comte de Beaujolais » et l’entrée en scène d’un personnage à qui je dois tout, ou presque, Mademoiselle Montansier.